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La Chasse au Scrapquin

Riaboff (Ivan)

traduit par Ivan Riaboff

Pourquoi retraduire The Hunting of the Snark alors qu’existent déjà plusieurs traductions depuis celle d’Aragon ? Parce que que.

Le raducteur-initiateur-préfacier, qui a consacré les 45 premières années de sa vie à ce texte, vous l'explique ici : http://www.radiocampusparis.org/podcast5-tea-party-la-bouquinerie-avec-ivan-riaboff/#embed

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14,00 € TTC

Préface d'Ivan Riaboff, traducteur et illustrateur :

Pourquoi retraduire The Hunting of the Snark alors qu’existent déjà plusieurs traductions depuis celle d’Aragon ?*

Par insatisfaction de l’existant et envie de faire approcher le lecteur francophone encore plus près de la vibration que procure la lecture de l’original. Car ce long poème plonge le traducteur dans un océan incommensurable de contraintes périlleuses. Un poème. La poésie se rapproche de la peinture et de la musique : elle ne reflète qu’elle-même. Le son et le sens forment une unité insécable. Un poème de Nonsense. Ce style n’est pas le non-sens ou l’absence de sens. Au contraire, le texte de Nonsense a besoin d’un sens à tout prix, à n’importe quel prix : sa principale préoccupation est de mettre en évidence et de jouer avec les frontières du langage qu’il manipule. The Hunting of the Snark est une parodie ; la parodie est le fait de chanter « à côté », avec une autre voix. Une parodie d’épopée comme l’Iliade ou l’Odyssée, issue elle-même d’une littérature orale transmise de génération en génération. La forme versifiée soulageait la mémoire des aèdes et permettait au public de retenir certaines parties : des formules toutes faites ou des refrains venaient ponctuer le récit de points de repère. Ici, c’est le quatrain-refrain qui joue ce rôle :

They sought it with thimbles, they sought it with care;

They pursued it with forks and hope;

They threatened its life with a railway-share;

They charmed it with smiles and soap!

Héritier de cette tradition, ce texte doit donc se déclamer, que votre lecture soit silencieuse ou à haute voix. Le rythme est la première caractéristique de l’écriture versifiée car elle organise le déroulement de l’énoncé selon une cadence régulière. En anglais, le système de versification est accentuel alors qu’en français (langue au relief monotone) le système est basé sur la répartition sylla- bique. Le nombre d’accents prime donc sur le nombre de pieds. À l’intérieur des quatrains, les premiers et troisièmes vers ont quatre accents toniques ; les deuxièmes et quatrièmes vers en ont trois. Du premier au dernier vers, le texte est donc corseté par un carcan rythmique entrecroisé, de forme 4/3/4/3 en terme d’accents : ‘Just the ‘place for a ‘Snark the ‘Bellman cried As he ‘landed his ‘crew with ‘care Supp’orting each ‘man on the ‘top of the ‘tide By a ‘finger ent’wined in his ‘hair Pour respecter au mieux ce système, j’ai choisi dès que possible la forme alexandrin/huitain, donc 12/8/12/8 en terme de pieds. Mais parfois, l’anglais étant plus concis que le français et par exigence du sens, j’ai commis quelques entorses à cette rigueur tout en ne faisant aucune conces- sion à ma priorité : que le tout reste musical. La rime est la conjugaison du modèle métrique avec la répétition phonique. La plupart des quatrains sont de forme A/B/A/B mais Lewis Carroll fait souvent, ça et là, des modulations avec rime à l’hémistiche sur les strophes 1 et 3, qui dès lors deviennent indépendantes : He remarked to me then said that mildest of men, If your Snark be a Snark, that is right: Fetch it home by all means-you may serve it with greens And it’s handy for striking a light.

Quelques rares cas d’absence de rime sont aussi à noter. J’ai tenu à respecter le système de rimes là ou d’autres traducteurs l’ont ignoré ou aplani. À ceci s’ajoute le jeu des allitérations reproduit dès que possible, toujours dans l’optique de la musicalité. Le nom des personnages. Les membres de cet impro- bable équipage portent le nom de leur fonction, qui ont en commun de commencer par un B majuscule comme un nom propre. J’ai choisi de respecter cette contrainte mais de transposer ce B en C. Et en plus, comme le b sonne toujours comme /b/, je me suis contraint à n’utiliser que des noms dont le c sonne comme /k/ pour conserver la cohérence explosive de la sonorité. Pourquoi C et pas B ? D’abord car cela permet au Beaver de rester un castor ! Ensuite car the Bellman n’est pas l’« Homme à la Cloche » comme dans toutes les traductions précédentes (qui encore une fois ignorent toutes plus ou moins cette contrainte) mais l’équivalent de nos ancêtres crieurs de rue (town criers), dont Alfred Franklin, dans son Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le XIIIe siècle, précise qu’ils étaient des fonctionnaires publics assermentés qui criaient les actes officiels, les objets perdus, les enterrements, les réunions de confrérie, etc., munis d’un tambour ou d’une cloche. Mais cette transposition pose aussi quelques pro- blèmes d’équivalence ; c’est la rançon de cet exer- cice qui devient rapidement un casse-tête chinois multidimensionnel. Aussi, the Baker, à défaut d’être Boulanger, devient le Confiseur. Cela reste dans le même spectre de métier de bouche et ce personnage n’est-il pas confit dans ses sept vestons et trois paires de chaussures ? The Butcher, à défaut d’être Boucher devient le Cuisinier, dont Alfred Franklin, dans le dictionnaire cité plus haut, précise encore que dans certains établissements les cuisiniers endossaient le rôle de boucher, par souci d’économie ou du fait de l’absence de ces artisans aux alentours. Voilà pour les quatre membres les plus importants de l’équipage. Pour les autres, je laisse votre curiosité opérer.

The Snark devient pour une fois le Scrapquin. Car ce Snark n’est pas un nom de famille mais un nom d’es- pèce. Là où the Snark est un mélange de snail, snake et shark (noms monosyllabiques), le Scrapquin est une manipulation génétique de crapaud, serpent, et requin (noms à deux syllabes). Le côté marin et terrestre est maintenu ainsi que l’apparence insolite et inquiétante. Le s placé avant le c siffle comme un serpent ; le cra- paud n’a rien à envier à la visquosité de l’escargot. J’ai conservé le requin qui incarne la véritable rencontre fatale. Le son « crap » rappelle le bruit de la mâchoire qui se referme. Le pq central dessine un regard inquié- tant et le tout sonne bon l’angoisse. The Boojum (pro- bable face cachée du Scrapquin) commence aussi par un B. La transposition en C s’est donc imposée mais le terme étant un mot forgé, donc un néologisme qui ne tire pas son origine de racines lexicales existantes, j’ai laissé mon imagination s’exprimer pour obtenir Craicsoup. Cette chasse représente la destruction de l’igno- rance ; cette équipée ne connait du Scrapquin que son nom et les personnages doivent résoudre le mystère de la nature de l’hybride : Scrapquin-Scrapquin ou Scrapquin-Craicsoup ? Deux options de chasse où le pôle prédateur-proie s’inverse.

Double acrostiche.

C’est aussi la première fois qu’est tentée la traduction du poème de dédicace àGertrude Chataway en essayant de résoudre sa com- plexe double acrostiche (première lettre de chaque strophe et premier mot de chaque quatrain). Je n’ai cependant pas pu respecter la métrique avec la même rigueur que celle accordée à La Chasse au Scrapquin, mais espère en avoir conservé la beauté musicale et l’aspect ludique. The Hunting of the Snark, long poème épique recueil de poème écrit par Lewis Carroll. C'est un chant absurde, ayant pour cadre la chasse d'un animai fantastique, le Snark. Les personnages, menés par l'Homme à la cloche, sont eux aussi délirants (un boucher, un castor, un boulanger, etc.). L'histoire se clôt par la disparition du boulanger quand Il se rend compte que le Sna~ qu'II a trouvé est un Bo ujeum. A fait l'objet de diverses traductions, dont les plus Illustres sont celles d'Aragon, d'Henri Parisot et de Jacques Roubaud. Mals si elles rendent compte de son contenu, elles sont loin d'en respecter la musicalité qui est pourtant la caractéristique primordiale de l'oeuvre. Cette musicalité se caractérise par une mécanique qui privilégie le son au sens, la forme au fond. En anglais, la métrique se fonde sur les accents toniques. Cette traduction s'attache à conférer à chaque quatrain une unité rythmique et à en reproduire le système rlmlque (schéma quasi Immuable mals également parsemé d'exceptions) pour restituer le plaisir de la lecture silencieuse ou à haute volx. Cette traduction est également la première qui propose une adaptation différente des noms des personnages dont le premier protagoniste, le Sna~ (mot-valise Issu de la manipulation génétlcolinguistique de snall (escargot), sna~ (serpent) et shar~ (requin) devient le Scrapquln (serpent/crapaud/requin) pour faire frémir et amuser l'Inconscient du lecteur francophone à la hauteur de ce que ressent le public anglo-saxon. Traducteur et musicien/parolier, Ivan Rlaboff a consacré son mémoire universitaire à l'analyse et aux problèmes de traduction du Snar~. Il en propose aujourd'hui une traduction complète dont la priorité est d'offrir à la version française cette musicalité essentielle en respectant les contraintes linguistiques et clvilisationnelles.

*Après Louis Aragon, Jacques Roubaud et bien sûr Parisot, et Bernard Hoepffner et Normand Baillargeon et maintenant et enfin :traduction et illustrations de Ivan Riaboff.

Riaboff (Ivan)

Musicien, traducteur, poète, scooter

ISBN 9782842195311
Code collection 104
Date de parution 12/2014
Seriel NC
Nombre de pages 78
Hauteur 180
Largeur 110
Epaisseur 10

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