Quelque chose pour le week-end Agrandir l'image

18,00 € TTC

A Kirk Bay, en Angleterre, il ne s'était rien passée, avant.

Des centaines de kilos de bonne cocaïne s'échouent sur la plage.

Suivis d'une armada de grands pingouins, d'une espèce qu'on pensait disparue.

Ces apparitions sont-elles liées ?

Cela a-t-il un rapport ?

S'ensuit un blizzard de toxicomanie et une "pingouinphobie" mémorable, puis le chaos, la guerre.

Et pendant ce temps, un homme essaie de tuer sa femme.

 

 

Chapitre 1

Un homme de soixante-sept ans se tient là, debout, sur le sable. Dans la lumière de sa lampe-torche, il considère à ses pieds un sac éventré plein d’une matière poudreuse ; autour de lui, une vingtaine de pingouins l’observe avec la plus grande attention. Dans un premier temps, Lawrence Paxton a pensé qu’il s’agissait d’un ballot de plâtre jeté à la mer par quelque équipage au long cours comme il en navigue chaque jour par centaines, là-bas au large, sur le rail de Kingston. Mais, en balayant du faisceau de sa lampe ce bout de plage sur lequel il est arrivé il y a quelques instants, il a découvert d’autres sacs. Dans un second temps, Lawrence considère les pingouins : s’il en juge par l’aspect blanchâtre de leur bec crochu et l’état des sacs alentour, il en déduit qu’ils ont déjà goûté à cette substance et en ont même largement fait pitance. Visiblement, la présence de Lawrence parmi eux les rend particulièrement nerveux et cette attitude semble s’accroître. Une idée saisie alors le retraité. Pingouins mis à part, n’y a-t-il pas eu un cas semblable, deux ans auparavant, sur une plage du Pembrokeshire, au Pays de Galles ? Une arrivée massive de sacs de drogue renvoyés sur les rivages par les courants marins ? Alors qu’il ne connaît strictement rien en matière de stupéfiants, et malgré la protestation que déclenche son mouvement chez les oiseaux, Lawrence Paxton se penche et prend entre ses doigts une pincée de cette poudre blanche. Puis il la porte à son nez avec l’intention de déterminer à l’odeur s’il s’agit ou non de plâtre. Or, Mr Paxton sort d’un léger coryza qui lui a laissé quelques mucosités dans les cavités nasales. Après une première tentative infructueuse, le voici qui inspire à nouveau, cette fois avec bien plus de vigueur. L’effet est immédiat : les trois quarts de la poudre passe des doigts de Lawrence Paxton à son réseau sinusal. Puis, par une voie de distribution complexe, le puissant alcaloïde qu’elle contient active toute une chaîne de neurotransmetteurs du système nerveux central. Parallèlement, sa gorge s’emplit d’un amer goût de médicament et sa gencive supérieure commence à s’anesthésier. En moins de deux minutes et sans qu’il comprenne pourquoi, Lawrence Paxton devient l’homme le plus puissant de la planète. C’est donc dans une grande euphorie que cet homme de soixante sept ans, jusqu’ici irréprochable, décide qu’il va s’emparer de la totalité des sacs qui l’entourent – dût-il pour cela affronter l’armée de pingouins qui se dresse sur ses flancs et, dans un avenir très proche, éliminer de la surface de la terre celle qui l’a jusqu’ici empêché de vivre comme un homme libre : sa femme. Oui, Lawrence Paxton décide en cette nuit du 5 au 6 février 2010, qu’il va tuer Lynn Paxton, et que rien ni personne ne pourra faire obstacle à son démoniaque projet. Après quarante années d’une vie partiellement oblitérée par des occupations professionnelles, la retraite apparaît comme une période charnière dans la vie d’un couple. Se retrouver soudainement plongé dans un quotidien à deux, vingt-quatre heures par jour, sans plus aucun prétexte pour aller se divertir seul à l’extérieur, peut poser de sérieux problèmes. Tel ne fut pas le cas pour les Paxton. Lawrence ne vit aucune différence entre la Lynn d’avant sa retraite et celle du moment. Elle était toujours aussi insupportable. Il y avait bien des raisons à cela. Depuis des temps immémoriaux, l’une d’entre elles se produisait chaque vendredi soir précédant un week-end où le couple n’avait rien prévu d’autre que de rester à Kirk Bay. Autant dire trois à quatre fois par mois. Invariablement, Lynn Paxton commençait par tourner en rond. Puis elle se mettait à traîner des pieds. Enfin, elle marmonnait. Suivant ce qu’il était en train de lire, Lawrence lui accordait plus ou moins d’importance. Il restait néanmoins intransigeant avec l’Inde. Lâcher une page des mémoires d’un vice-consul tel que James Mill ou Warren Hastings lui était intolérable. Hors l’Inde, il savait se montrer accommodant. — Qu’est-ce que tu dis, Lynn ? La porte ainsi entr’ouverte, Lynn se lançait. — Margareth m’a appelée ce matin, ils font des soldes chez Christopher Pratts. — Christopher Pratts ? — Le vendeur de meubles à York. Je me disais qu’on pourrait y aller demain. J’ai vu sur leur catalogue une magnifique table Pembrock… Qu’il s’agisse d’une table Pembrock, d’un récital au Theatre Royal de York ou d’une exposition de chats à la North Yorkshire Gallery de Scarborough, invariablement, chaque vendredi soir, Lynn cherchait quelque chose pour occuper leur week-end. Qui plus est, les années qui venaient de s’écouler n’avaient pas épargné Lynn : elle était désormais d’un incontestable laideur. Comment un homme tel que Lawrence, encore dans la force de l’âge et qui prenait soin de sa personne, aurait-il voulu s’afficher en public avec une femme aussi disgracieuse ?

 

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Anarchy in UK !

ISBN 2842195069
Code collection 104
Date de parution 09/2011
Seriel NC
Nombre de pages 292
Hauteur 186
Largeur 131
Epaisseur 20

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